Discours de Marine Le Pen à Poitiers

2 octobre 2017

Madame, Monsieur, chers amis élus du Front National,

C’est ensemble, réunis que nous apprenons le énième attentat qui, une fois de plus, nous horrifie et ensanglante nos rues, frappe nos compatriotes en plein cœur.

Une fois de plus, les condoléances laisseront la place aux fleurs et aux bougies qui laisseront la place à l’impuissance politique, aux justifications bredouillantes.

Face à ces meurtres barbares, notre espoir, c’est que l’on prenne en haut lieu enfin la mesure du danger que court notre peuple et que l’on considère enfin le terrorisme comme un acte de guerre et non comme un crime de droit commun, un acte de délinquance comme un autre.

Ce week-end fut studieux et nous a rassemblés ici à Poitiers, je remercie les organisateurs et les intervenants, merci à Thibaut, Gilles et à tous les intervenants, toute ma gratitude aussi à Hervé Juvin dont la pensée écrite ou parlée est une source inépuisable de réflexion et d’inspiration.

Nous souhaitions ce moment de partage et d’échange après une très longue séquence électorale qui a mobilisé toutes nos forces ; mais c’est aussi, peut-être de manière moins ludique et plus sérieuse, l’occasion pour moi de vous parler à un moment important, vous qui constituez avec nos fédérations et nos sections militantes l’épine dorsale du mouvement.

Et je suis davantage venue vous parler de l’avenir que du passé même si j’entends m’appuyer sur l’analyse de ce qui s’est passé et des changements qui s’opèrent autour de nous pour déterminer le chemin le plus sûr qui pourra nous conduire au pouvoir.

Le pouvoir c’est l’objectif et c’est l’objectif parce que le but ultime de toute notre action politique ce ne sont pas nos positions personnelles ou nos égo, ce n’est pas une formation politique qui, même si elle nous est chère, n’est qu’un moyen et non un but, ce n’est pas la gloire de tel ou tel, non, le but ultime de notre combat c’est la France.

Nous allons vivre un moment historique, historique pour notre famille politique.

Je le dis sans détour parce que je sais que la politique est darwinienne, nous sommes condamnés à l’efficacité parce que nous sommes, pour la France, condamnés à la réussite.

Depuis la nuit des temps, l’intelligence réside dans la capacité d’adaptation.

C’est évidemment vrai en politique qui est comme vous le savez une épreuve de survie en milieu hostile,

Ce doit être pour nous une règle de la vie parce que c’est une règle de vie.

S’adapter ne signifie pas se renier mais se mettre en situation de comprendre pour anticiper, cela signifie réfléchir pour renforcer les soubassements idéologiques de notre action, pour trouver les voies nouvelles qui rendront réalisable ce qui est souhaitable ;

S’adapter cela ne signifie pas de se compromettre ou se perdre dans je ne sais quels petits arrangements indignes, mais de prendre en compte les nécessaires interdépendances, les susciter, les harmoniser, les animer ; cela signifie se poser la question des alliances.

Plus prosaïquement, s’adapter pour chacun d’entre nous, individuellement ou collectivement, c’est s’organiser pour se mettre en situation d’agir efficacement le moment venu : cela signifie formation, réflexion et production.

J’ai dit lors de l’étape de ma tournée « pour un nouveau Front » à Toulouse que je souhaitais que le parti ait pour priorité la création de « contenu ».

On ne prend pas le pouvoir seulement avec des tweets et des communiqués de presse.

Produire pour un parti c’est susciter des contributions écrites, des réflexions, des articles, des tribunes sur tous les sujets, c’est diffuser dans l’opinion des idées.

C’est la raison pour laquelle nous avons mis à l’étude quatre médias :

  • Une revue de presse en ligne (type Fdesouche) qui serait une compilation journalière d’articles qui pourrait être alimentée aussi par les groupes régionaux ou le groupe européen ;
  • Un journal collaboratif en ligne qui permettrait y compris aux adhérents de poster des articles ;
  • Une revue intellectuelle
  • Une revue pour les élus

Ceux qui sont intéressés par ces initiatives pourront se faire connaître.

Produire pour un élu n’est pas seulement observer et commenter.

Ça c’est le rôle des journalistes qui posent leur caméra et rendent compte de ce qu’ils voient.

Nous, politiques, nos électeurs attendent de nous davantage et notre rôle va plus loin.

Certes nous devons rendre compte de la réalité, -c’est parfois déjà un acte interdit-, mais nous devons aussi analyser et surtout proposer.

Nous sommes là pas seulement pour commenter, mais pour trouver des solutions et les replacer dans un cadre global cohérent, un programme, un projet, une vision.

A chaque débat dans vos assemblées respectives, vous devez poursuivre trois objectifs :

  • 1) critiquer en bien ou en mal
  • 2) proposer des solutions
  • 3) intégrer dans le débat les questions passées sous silence, en clair ouvrir de nouveaux débats.

Cela vous impose de faire preuve de perspicacité, d’esprit d’analyse et surtout d’un peu de créativité.

Le répit électoral nous laisse deux ans pour nous préparer avant un nouveau cycle de combats déterminants : les européennes 2019, les municipales 2020, les régionales 2021, la présidentielle 2022, autant de plots à franchir pour passer sur l’autre rive, celle de l’exercice des responsabilités.

A l’origine, le FN se caractérisait par sa culture de contestation.

Avec son entrée dans les assemblées régionales ou municipales, il a acquis une culture d’opposition dont il faut l’avouer nous ne sommes pas encore tout à fait sortis.

Je souhaite que nous nous mettions en situation de nous doter véritablement d’une culture de gouvernement c’est-à-dire qu’à chaque débat, dans chaque assemblée, à tous les niveaux, nous puissions opposer un projet alternatif.

A l’assemblée, vous avez pu le voir notamment lors du débat sur le terrorisme, le groupe des députés FN est monté en puissance et, malgré le handicap du nombre et de droit de temps de parole, nous avons été très présents.

Je peux le dire, j’ai été très fière du groupe.

En faisant élire huit députés, nous avons franchi une étape dont beaucoup n’ont pas immédiatement mesuré l’intérêt.

Celle du plafond de verre bien sûr avec des élus au scrutin majoritaire à 2 tours.

Mais, cette étape c’est aussi ce que j’appellerais « la faveur de la salle des quatre colonnes ».

Notre présence à l’assemblée va nous permettre de suivre au jour le jour toute l’activité parlementaire ; cette intrusion nous ouvre un droit d’accès au débat public qui jusqu’à présent nous manquait en grande partie malgré le dynamisme de Gilbert et de Marion.

Sur l’Europe, les députés européens et leurs assistants auront en charge de mettre au point le projet européen parce que si nous sommes résolument opposés à l’Union européenne, nous sommes résolument Européens.

Je dirai même que c’est parce que nous sommes Européens que nous sommes opposés à l’Union européenne.

J’ai chargé Nicolas Bay, nouveau co-président du groupe « Europe des nations et des Libertés », de cette mission, alors que Steeve Briois sera, en qualité de Secrétaire général, chargé de ce chantier si important du Congrès.

Nous devons expliquer comment sortir des traités ou les modifier ; nous devons définir précisément le contenu de l’Europe des peuples, nous devons définir quels mécanismes démocratiques nous permettront de réformer l’Europe.

Pour les régions, c’est à vous conseillers régionaux qu’il convient de travailler dès à présent sur le projet régional de votre région.

C’est celui que vous porterez lors de la prochaine campagne régionale où vous concourrez pour gagner.

Je souhaite que, par grands secteurs (finances/culture/actions économiques/transport..), vous puissiez vous réunir entre collègues de régions différentes pour échanger et bâtir chacun dans votre région un projet certes local, mais cohérent avec les autres projets régionaux.

Je souhaite que les présidents des groupes régionaux puissent se rencontrer plus régulièrement pour échanger et harmoniser leur point de vue.

Enfin, les municipales me semblent constituer un socle fondateur de notre offensive politique.

Nous avons eu des députés, ou frôler l’élection, là où nous avions des mairies ou là où il existait un fort investissement local.

Je souhaite qu’un groupe de travail se mette en place sans tarder pour modéliser ce qu’est une gestion municipale FN et que cette modélisation serve de point d’appui à la conception des programmes municipaux par nos têtes de listes.

Ceux-là devront être formés tout comme leur équipe destinée à constituer la municipalité c’est-à-dire l’ensemble des adjoints au maire.

Je rappelle qu’aux régionales, le FN a réalisé plus de 50 % dans 2 500 communes.

Il a fait plus de 40 % dans 9 000 communes.

Nous devons faire davantage coïncider notre implantation effective avec notre influence politique réelle.

Vous le voyez nous avons beaucoup de travail, mais de belles perspectives devant nous.

C’est aussi à une révolution de notre culture interne que nous sommes appelés.

La tournée que j’ai entreprise vise à cette refondation qui ne se limite pas à l’organisation même du parti, -siège central/fédérations/groupes d’élus) ou aux mécanismes d’implantation, mais également aux idées, aux concepts, aux stratégies.

Nous les aborderons sans tabou avec le seul souci de tracer le chemin qui nous mènera au pouvoir et celui qui nous mènera du pouvoir à la renaissance du pays.

Je veux pouvoir compter sur vous.

La place particulière que vous tenez de votre mandat, de votre fonction de représentation, de la tribune qui vous est donnée vous appelle à jouer un rôle majeur dans la refondation du mouvement que nous avons lancée et qui doit nous conduire jusqu’au congrès de mars 2018.

Cette place, vous le savez, vous appelle vis-à-vis de nos électeurs, de nos adhérents et surtout de nos militants bénévoles à un devoir supplémentaire d’engagement, un engagement de terrain et d’idées, un engagement qui oblige à vous considérer comme les premiers militants de votre fédération.

Je vous le dis.

Un élu du Front National n’est pas un petit marquis poudré, il ne doit pas être ce que certains militants appellent les élus « oncle Ben’s » parce qu’ils ne collent jamais, il ne doit jamais oublier qu’il est d’abord un militant, ce qui est en politique le plus beau des titres.

Les mandats  honorent l’élu certes mais surtout l’obligent : ils l’obligent vis-à-vis du mouvement c’est-à-dire de la communauté militante qui l’a fait élire et souvent le fera réélire, ils l’obligent vis-à-vis du militant qui distribue les tracts, ils l’obligent vis-à-vis des adhérents et des électeurs qui par leur cotisation et leur vote font vivre le mouvement, ils l’obligent vis-à-vis des Français qui attendent tant de nous, ils l’obligent enfin vis-à-vis de la France, notre nation millénaire que le projet de M. Macron a entrepris de déconstruire et de dissoudre.

Notre responsabilité est immense car la France menacée de déconstruction disparaîtra si nous ne gagnons pas.

Je parle de « déconstruction » parce que je crois que l’entreprise de M. Macron est pensée, méthodique.

Au prétexte de nous conduire vers un prétendu « nouveau monde » dans lequel la France n’existe plus, dans lequel la France est rayée de l’histoire.

Nous ne voulons pas de cette société sans repères où des nomades esseulés, errent, riches simplement d’un profit imaginaire.

La loi travail actant la concurrence entre entreprises d’une même branche, créant avec le contrat de mission les salariés jetables, transformant le contrat de travail en contrat de mercenariat est un acte majeur de déconstruction.

Avec son discours sur l’Europe à la Sorbonne ou plutôt sur sa conception de l’Europe, M. Macron a ajouté une pièce au triste puzzle idéologique qu’il est en train d’assembler sous nos yeux.

Remarquez, il a parlé de « nos peuples » comme s’il n’était déjà plus le président de la France mais le maître de l’Europe et bientôt le maître du monde.

Même si pour les convenances il a cité Schumann, Monnet et Merkel, en creux, il a dressé un réquisitoire contre l’actuelle Union européenne en reprenant à son compte les critiques que nous avions nous-mêmes formulées :

une Europe non démocratique qui se fait en tournant le dos aux peuples,

une Europe bureaucratique  qui se perd dans ses mécanismes, ses budgets, ses procédures,

une Europe impuissante qui est sous le joug des Etats-Unis,

une Europe qui ruine notre agriculture et provoque le chômage de masse ;

une Europe qui se construit sur la concurrence généralisée.

Sans s’en rendre compte, c’est à notre clairvoyance et notre courage qu’il a rendu hommage devant l’amphithéâtre de la Sorbonne.

Je parlais de réquisitoire contre l’Union européenne.

Il a été plus loin en affichant l’acte de décès de cette Union européenne dépassée, discréditée, fossilisée dans son impuissance et qui, il le suggère, a commencé son agonie.

En quelque sorte, devant un auditoire choisi, M. Macron nous a présenté un plan orsec pour l’Union européenne moribonde.

«  Nous sommes bousculés, l’audace est notre seule réponse »  a-t-il proclamé.

Comprenez, nous sommes démasqués, choisissons la fuite en avant.

Il a essayé de réveiller les vieilles lunes en commençant son discours sur le sempiternel thème « l’Union européenne » ou la guerre.

Il l’a conclu avec « L’Union européenne réformée ou le retour du nationalisme » ce qu’il appelle le repli, ce que nous appelons le retour des peuples.

Le retour des peuples et des Nations est pourtant une constance dans le monde du 21ème siècle, la Chine, l’Inde, la Russie, les Etats-Unis.

Leur vision d’une Europe à la marge, hors des grands mouvements contemporains, confine au déni de réalité.

Il a bien cherché à s’appuyer sur l’idée évidente de l’Europe à plusieurs vitesses que nous défendons.

Il a repris notre proposition d’étendre Erasmus, mais nous, nous proposions de l’élargir aux filières techniques et professionnelles, et nous l’entendions comme une opportunité lorsqu’il l’évoque presque comme une obligation.

Il a tenté de nous rassurer en nous disant que l’unité n’était pas l’uniformité puis il a déroulé son projet, une avalanche de poncifs fédéralistes et de propositions tous azimuts   qui peuvent se résumer ainsi : tenter de faire du neuf avec de l’ancien pour promouvoir à demi-mot la fin de la France et, pour ceux qui connaissent l’histoire, la fin de l’Europe.

Le ton était solennel, quasi soviétique, l’européisme antinational décomplexé.

La fin de la France disais-je.

A vous de juger :

1° Plus de souveraineté française, mais une souveraineté européenne ;

2° Une défense nationale qui a vocation à se dissoudre par étape : La création d’une force commune d’intervention qui nous engage vers une culture stratégique commune et disparaît totalement dans un budget de défense commune ; (en fait de nouveauté, M. Macron exhume le Communauté Européenne de Défense de 1952 c’est-à-dire qu’il nous ressert un plat qui est dans les poubelles de l’histoire depuis 65 ans.)

3° Un budget commun doté de ressources propres et un ministre des finances de la zone euro.

Concrètement, cela signifie des taxes et des impôts européens ; il a l’honnêteté de nous donner quelques exemples : taxation numérique, taxe environnementale ou impôts sur les sociétés après harmonisation.

Il ne parle pas d’impôt sur les ménages, mais on voit qu’il y pense.

Concrètement cela signifie aussi la mutualisation des dettes que l’Allemagne refuse.  M. Macron n’a pas compris que l’Allemagne n’est européenne que pour les excédents, pas pour les dettes, que l’Allemagne, comme le dit Henri Guaino, n’est européenne que lorsque l’Europe est Allemande.

4° Une fédéralisation institutionnelle avec des listes transnationales aux élections européennes et des commissaires européens dont la réduction du nombre de 30 à 15 permettrait de les détacher de leurs allégeances nationales.

5° Une fédéralisation sociale par une harmonisation sociale qui ne peut se faire que par le bas avec un dumping social assumé et un smic européen forcément minime c’est-à-dire aux alentours de 700 euros/ mois.

6° La poursuite et même l’aggravation de la politique de submersion de l’Europe par les migrants

7° Un fédéralisme agricole avec une énième réforme de la pac.

8° La submersion du pays par les migrants par l’abaissement irrémédiable de nos frontières nationales et une politique d’incitation à l’immigration.

Qui peut croire que la seule voie possible serait la fin de la France :

Lorsque M. Macron nous parle de culture en Europe c’est quasiment uniquement autour de la question  des droits d’auteur. Cela en dit long car c’est en marchand, qu’il envisage le monde.

Et enfin, n’y a-t-il pas contradiction à nous parler de transition écologique et de défi climatique, quand dans le même temps il promeut une idéologie de production et de consommation planétaire ; un modèle économique où l’on produit au plus loin et au moins cher, n’y a-t-il pas contradiction à nous parler de bilan carbone et en même temps (pour reprendre son expression) de faire l’apologie d’une mondialisation planèticide ?

Finalement, une fois la musique du discours de M. Macron évanouie, il ne reste que des propositions de taxes et d’organismes de contrôle.

Le rêve européen de M. Macron, comme l’Union européenne qu’il veut réformer, cela ressemble toujours à un enfer fiscal et administratif.

Le propos suintait la pensée unique : « nous n’avons pas le choix » a-t-il clamé comme si aucune autre voie n’était possible, comme s’il était le détenteur exclusif de l’idée européenne, comme s’il pouvait tirer honneur de se vouloir plus de son temps que de son pays.

Je voudrais rappeler à ceux qui confondent l’Union européenne et l’Europe quelques vérités.

L’Europe n’a pas soixante ans mais elle multimillénaire.

L’idée européenne n’est la propriété d’une autorité autoproclamée particulièrement lorsqu’elle s’est donné pour but la dilapidation de l’héritage européen.

L’Europe n’a pas attendu le Traité de Rome pour exister. L’Europe ne s’est pas faite à Bruxelles mais à Athènes et Rome.

Les pères fondateurs de l’Europe ne sont pas Jean Monnet ou Robert Schuman mais Homère ou Charlemagne et tant d’autres noms illustres qui ont fait vivre l’Europe et l’ont fait rayonner.

M. Macron peut prendre les allures d’un Kennedy de sous-préfecture et adopter le débit lent d’un Obama, sa prétention de réformer l’Union européenne se heurtera à deux murs :

=>  Celui de l’intransigeance obtuse de l’Union européenne et de Mme Merkel qui sont incapables de la moindre concession sur le fonctionnement de ce monstre froid qu’est leur Europe, l’Europe des commissaires, celle des normes et des directives.

=>  Le second obstacle à ses velléités de réformes fédéralistes, ce sera l’instinct vital des peuples qui refusent la conception impériale de l’Europe, celle d’un empire marchand qui n’a pas compris que l’Europe est une civilisation riche de ses diversités nationales avant d’être un marché.

Pour M. Macron, l’identité de l’Europe se limiterait à une suite de quelques beaux principes : la tolérance, la liberté, la démocratie, la paix., etc …

Or, bien sûr que ces nobles principes que certains voudraient retourner contre elle, sont nés en Europe.

Pour autant, l’Europe ne se réduit pas à une liste de concepts considérés à tort comme universels.

Ils ne suffisent pas à masquer le vide de l’idée européenne qu’ils défendent.

Si l’Europe comme le dit M. Macron c’est la liberté, pourquoi l’Union européenne tente-t-elle de punir le Royaume-Uni qui, avec le Brexit, a fait jouer ce droit inaliénable à sa souveraineté (qui est pour les peuples ce que la liberté est aux individus) ?

Si l’Europe c’est la démocratie, pourquoi l’Union européenne, se comporte-t-elle comme une dictature technocratique ?

Je vais vous le dire.

Tout simplement parce que l’Union européenne ne s’est pas fondée et ne se nourrit pas des valeurs fondatrices de l’Europe.

Parce que l’Union européenne n’est pas d’essence européenne mais un produit d’importation venu d’outre-Atlantique dans le paquetage de l’armée américaine.

Parce que l’Union européenne n’est pas un projet d’organisation raisonnée de notre continent mais une étape vers la grande dilution mondiale.

L’Europe pour nous n’est ni un terrain vague, ni un simple manuel de philosophie libérale.

L’Europe de M. Macron se veut libre, mais partout cette Union européenne nous lie de ses chaînes.

=>  Enchaînés comme le chef d’entreprise qui écrasé par des normes insensées et ruiné par la concurrence déloyale.

=>  Enchaînés comme le marin pêcheur que des quotas injustifiés empêchent de travailler, comme l’éleveur laitier que la machinerie incompréhensible de la PAC asphyxie en silence.

=>  Enchaînés comme les Calaisiens ou les Mentonnais qui voient leurs villes submergées par des flux incessantS qu’aucune frontière n’a plus le droit d’arrêter.

=>  Enchaînés comme les peuples français ou hollandais, dont la volonté souveraine a été bafouée, comme les peuples d’Europe de l’est soumis à un chantage financier permanent pour les forcer à accepter des décisions absurdes comme la submersion de leur pays par des migrants.

Et qu’on arrête de nous dire que ce sont les nations qui sont cause des guerres.

En Europe, ce ne sont pas les nations qui ont causé les guerres, ce sont les empires parce qu’ils portent naturellement en eux une vocation hégémonique : en 1914, c’est l’alliance d’un empire prussien conquérant et d’un empire austro-hongrois déclinant qui ont provoqué la Grande guerre ; 40 ans après, c’est un état impérialiste, le III ème Reich, qui provoqua la guerre en agressant les nations libres d’Europe.

M. Macron veut nous faire croire qu’il serait le prophète du monde de demain. Il est le tenant de l’illusion de ces grands empires, ces entités impersonnelles éloignées des gens qui se sont toujours effondrés.

Il est un président de la France qui ne croit plus dans son pays, un pays dont il décide d’être le fossoyeur.

Il est un brasseur de rêves qui croit pouvoir construire une conscience européenne par l’impôt et la maintenir avec des organismes de contrôle

Il est le promoteur de la folle société nomade que décrit Attali dans ses écrits.

Le Macronisme c’est de l’Attalisme.

L’Union européenne même mâtinée d’Attalisme procède de cette logique impériale, un pouvoir éloigné des gens, un pouvoir indifférent à la volonté des peuples.

Son échec entraînera notre continent au chaos, et avec lui l’effondrement de l’idée européenne.

Parce que nous sommes Européens, nous ne voulons pas laisser faire.

Nous, nous disons qu’il existe une alternative et que cette alternative c’est nous qui la portons.

Le message envoyé par les nations du groupe de Visegrad semble déjà porter les germes de cette alternative.

Ces nations ont été soumises pendant 45 ans aux caprices d’un empire supranational et bureaucratique.

Elles savent qu’elles doivent résister lorsque leur intérêt national est en jeu. Elles ont raison de le faire.

Nous devons les soutenir.

Sur ces fondements, nous saurons tracer avec elles les voies du renouveau.

Lorsque M. Macron propose de construire l’Europe avec le couple franco-allemand, je propose un « renversement des alliances » et de travailler  à une autre Europe avec l’Autriche et la Hongrie d’une part et avec tous les pays qui résistent aux injonctions absurdes de Bruxelles.

Pour nous l’Europe, ce n’est pas qu’une idée.

L’Europe est culture, elle est civilisation avec ses valeurs, ses codes, ses grands hommes, ses réalisations, ses chefs-d’œuvre.

Pour nous, l’Europe ce n’est pas seulement une histoire, mais aussi une géographie dont la Turquie ne fait pas partie.

L’Europe ce sont des peuples dont les identités respectives exhalent la diversité si féconde du continent, des peuples qui par leur génie propre ont découvert le monde et lui ont tant apporté.

Pour ne citer que la musique :

l’Italie avec Vivaldi

L’Allemagne avec Bach,

La France avec Berlioz,

La Pologne avec Chopin.

Je reviens à la définition énoncée par Paul Valéry, en considérant comme européen tout peuple ou toute terre qui a été « successivement romanisé, christianisé et soumis, quant à l’esprit, à la discipline des Grecs ».

Je crois au destin commun des Nations et des peuples d’Europe, imprégnés de la civilisation millénaire qu’ils ont en partage.

Je crois à la nécessité d’une organisation européenne dans le grand fracas du monde et de la mondialisation.

Mais en aucun cas cette construction ne peut induire la disparition des nations qui la composent.

Notre projet européen sera celui des Nations et des peuples, de leur diversité, de leur respect.

A leur Union européenne, nous substituerons « l’Union des Nations européennes ».

Elle sera bâtie autour d’un sentiment partagé parce qu’on ne se marie pas sur injonction, mais par amour, parce qu’il est anormal d’exiger de pays d’agir contre l’intérêt de ses populations.

Lorsque M. Macron fixe comme second pilier de son Europe le marché unique, il est là aussi fidèle à sa logique marchande, une Europe dont la vie est ponctuée par les traités de libre échange comme le Ceta qui ruinent nos agricultures et contournent nos normes sanitaires.

Notre projet européen ne répondra pas aux injonctions du marché ni à une vision mercantile du monde qui réduit l’homme – jetable et interchangeable- à n’être qu’un consommateur ou un producteur quel qu’en soit le prix pour les pays ou la planète.

L’Europe de la coopération que nous voulons c’est celle des grands projets industriels, de la recherche partagée, de l’innovation conjointe, des synergies technologiques, c’est celle de nouvelles régulations réellement concertées.

Aujourd’hui s’élèvent des voix de plus en plus nombreuses contre les dérives individualistes d’une société vivant au rythme de l’hyperconsommation qui nous entraîne dans un désastre écologique programmé et vers une société qui sacrifie l’homme au paraître et les rapports humains à l’éphémère.

Nous les entendons.

Un projet doit avoir un sens.

Le nôtre est de créer du lien.

Un lien national entre les membres d’une même communauté nationale ; un lien entre les nations dès lors qu’elles se sentent unies par des valeurs de civilisation, une histoire et un intérêt commun.

Notre projet européen n’est pas coercitif, il n’est pas carcéral.

Il n’admet que des liens consentis.

Lors de son discours de la Sorbonne, M. Macron nous a fixé deux rendez-vous.

L’un en janvier 2018 pour le traité de l’Elysée, l’autre aux élections européennes.

Et comme il nous a fait l’honneur de nous désigner comme ses adversaires, nous relèverons le gant.

Dans cette perspective, nous travaillerons avec nos alliés (du groupe ENL et d’ailleurs) afin d’élaborer un projet de traité simplifié pour l’Europe, qui viendra se substituer aux milliers de pages incompréhensibles actuellement en vigueur.

Emmanuel Macron l’a dit durant son intervention à la Sorbone.

Il nous engage (il emploie le terme) dans un « choix de civilisation » : le choix d’une civilisation marchande, une civilisation nomade qui pratique ce qu’Hervé Juvin a appelé ce matin dans sa conférence «  la religion de l’économie », et qui organise par la privatisation de tout y compris du vivant.

Ce projet mondial auquel travaillent les oligarchies de nos pays, prépare l’asservissement de l’homme et l’épuisement de la planète.

A ce choix nous opposons une autre voie.

Celle de la civilisation française et européenne, un projet qui met l’homme au cœur de toute notre réflexion et de toute notre action, un projet qui fait passer le « nous » avant le « je », qui entre le communautarisme en bas et le mondialisme en haut choisit la voie médiane de la nation et en ce qui concerne la France, la voie protectrice et puissante de l’Etat-nation.

Mes amis, nous menons le combat essentiel, celui qui nous rend fidèle à notre héritage millénaire, à l’identité irréductible de chaque nation d’Europe, au sacrifice de ceux qui nous ont précédés et, pour l’avenir, à l’intérêt vital de nos enfants.

Vous qui portez en vous cette flamme et vous qui avez fait le choix de la transmettre avec courage et ténacité, vous qui êtes par vos fonctions, par votre engagement en première ligne de ce combat, vous avez une responsabilité particulière.

Parce que je vous connais tous personnellement, que je connais l’ardeur des sentiments qui vous animent et les qualités qui sont les vôtres, je sais que vous êtes prêt a cette grande confrontation qui nous attend, pour notre peuple et pour notre cher pays.

C’est à nous tous, unis par le cœur et par l’esprit qu’il revient de porter le grand projet  d’alternance.

Nous le ferons sans faiblir,

Pour la victoire

Pour la France

Vive les nations d’Europe

Vive la France

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